Les Américains font-ils mal leur lessive ?

Nous vous invitons à lire un article très intéressant issu du site CitylabLe sujet traité concerne la manière de faire sa lessive aux Etats-Unis ainsi qu’aux Philippines. Quels sont les avantages et les inconvénients ? A vous de les déceler !

En octobre 2015, je me trouvais aux Philippines dans un bus, à l’extérieur de Manille direction les montagnes.

Je voyageais depuis San Francisco pour rendre visite à mon ami Imman avec lequel nous essayions d’échapper de cette chaleur étouffante. A travers la fenêtre, des palmiers, des champs de riz et des villages ruraux se succédaient.

Nous discutions des tâches ménagères, lorsque le sujet de la lessive fut abordé.

Il me demande: « Comment les américains ont-ils le temps de faire leur lessive ? ».

Je lui réponds : «  Je ne sais pas. Nous la faisons, tout simplement… ».

Apparemment, cette petite différence culturelle a permis de déceler un problème plus important qui concerne les domaines de la technologie et de l’aménagement urbain.

Enfant, j’ai vécu dans le Tenessee. Ma mère faisait la lessive de la famille à l’aide de notre propre lave-linge ainsi que de notre propre séchoir. Au gymnase, j’utilisais des jetons pour la machine à laver (de la marque Speed Queen) du dortoir, qui se trouvait au sous-sol. Faire ma lessive me donnait le sentiment d’être un adulte au sein d’un environnement universitaire infantile.

Par la suite, je me suis directement muni d’un lave-linge et d’un sèche-linge pour mon appartement. Dans mon foyer qui se compose d’une seconde personne, la lessive prend quelques minutes de notre temps chaque semaine.

La question d’Imman me fit me demander pourquoi l’Amérique en est-elle arrivée là ? Ma manière de faire ma lessive est-elle respectueuse de l’environnement ?

L’histoire de la lessive en Amérique

Jusqu’au 19ème siècle aux USA, la lessive n’était pas encore devenue une corvée hebdomadaire. Avant cela, les habits étaient souvent confectionnés à partir de matières robustes tels que la laine, le cuir ou le feutre, ce qui rendait le lavage difficile. « Ton linge est sale? Secoue-le, il sera comme neuf !».

Avec l’intronisation de l’ère industrielle, les manufactures d’habits en coton sont arrivées. Les gens ont commencés à posséder plus de vêtements. Afin d’éviter des maladies, le peuple cherchait un moyen de garder ses habits propres, ce qui signifiait plus de lessive à faire.

Pour une femme au foyer du 19ème siècle, le jour de lavage était laborieux et prenait du temps. Il fallait créer des détergents à partir de graisse animal. Il fallait couper du bois pour faire du feu ou confier cette tâche à son fils ou à son mari. Il fallait également une forte quantité d’huile de coude, sans compter que toutes ces étapes n’incluaient pas encore le repassage.

Si vous aviez de l’argent supplémentaire, il était préférable d’engager une femme de ménage qui s’occupait spécialement du lavage. En 1880, ce métier permettait de gagner de nos jours entre $90-$180 par mois.

La concurrence commença à s’accroître. Au milieu des années 1800, la première grande vague d’immigrants chinois arriva aux Etats-Unis. Ils commencèrent en tant que main d’œuvre dans les blanchisseries des quartiers avoisinants. En 1880, les 2/3 des 320 blanchisseries présentes à San Francisco, appartinrent aux chinois. A la fin des années 1800, une partie de la communauté chinoise fut détentrice d’une blanchisserie dans n’importe quelle ville des USA.

L’industrialisation continua à faire évoluer la lessive. A la fin des années 1800, le commerce des blanchisseries mécanisées surgit tout comme les réseaux électriques arrivèrent. Dans le commerce, la planche à laver fut remplacée par la machine à laver avec manivelle et plus tard par des agitateurs électriques. Ce business cibla au départ les clients institutionnels (les blanchisseries) et les hommes célibataires. Par la suite, avec une stratégie marketing proposant des prix low-cost, la cible devint les femmes au foyer.

En 1920, les buanderies furent à leur apogée. Leur déclin arriva dans les décennies suivantes à cause de l’expansion du réseau électrique et de la baisse des coûts des machines à laver domestiques. La marque Maytag écoula déjà un million de machines en 1927. En 1940, plus de 40% des foyers américains possédèrent une machine à laver.

Après la 2ème Guerre Mondiale, la maison de banlieue idéale devait être dotée d’une machine à laver. Les entreprises réalisèrent une campagne publicitaire agressive dans les magazines féminins (et plus tard à la télévision) pour inciter à l’achat.

L’arrivée des buanderies avec monnayeur était un outil marketing adéquat pour introduire les nouvelles machines à laver. Dès lors, si vous n’aviez aucune machine à laver, vous êtiez inconsidérés par vos voisins.

Une approche différente aux Philippines

L’histoire de la blanchisserie a pris un autre chemin aux Philippines. La blanchisserie se trouve sur 2 axes : urbain et rural. Dans les provinces rurales, le jour de lessive a lieu chaque semaine au bord de la rivière. Elle se fait à la main et il s’agit d’une activité commune. Toute technologie qui facilite l’accès à l’eau propre est d’une grande aide pour effectuer sa lessive. Une zone couverte avec un bassin communal et de l’eau de source fraîche rend la lessive plus agréable. Avec 7000 îles du pays et de nombreux villages, la construction d’une infrastructure donnant l’accès à l’eau est un défi permanent.

Dans les villes, la lessive a toujours été faite à la main. Les machines à laver dans les maisons ne sont devenues monnaie courantes que lors des deux dernières décennies. De nos jours, de nombreux ménages issus de la classe moyenne à Manille ont la machine à laver, ainsi que des aide-ménagères. Celles-ci sont considérées comme une extension de la famille, leur revenu est d’environ $80 en enlevant les frais de pension. Ce revenu est souvent envoyé à leurs familles.

L’utilisation du sèche-linge est rare car le climat permet de sécher les vêtements en plein air. Mon ami Imman trouve ce procédé plus efficace car les rayons UV contribuent à l’élimination des germes.

A l’opposé, aux Etats-Unis, beaucoup d’associations de propriétaires ont interdit la pratique du séchage en plein air. En effet, voir des vêtements séchés à l’extérieur était un signe de précarité, ce qui diminuait la valeur des propriétés. La ville de San Francisco décréta une interdiction du séchage en plein air jusqu’en 2015. Le « Right to Dry movement » permit aux états de Californie, de Floride ainsi que du Maine d’abroger ces interdictions.

Les laveries aux Philippines sont un mix de business familial, de lavage à domicile et de chaînes de blanchisserie. Le self-service et les laveries automatiques sont quasiment inexistants, mais il y a quelques entreprises avancées qui pratiquent la blanchisserie à grande échelle. (La première blanchisserie commerciale à Manille arriva en 1946 quand Dominador S. Asis, Sr. acheta un container militaire appartenant aux troupes américaines).

A Manille, les teinturiers sont meilleurs marchés qu’aux USA. La même quantité de vêtements qui coûterait $35 pour le lavage (plié et livré) à San Francisco, ne coûterait que $4.30 à Manille. Faire sa lessive soi-même à San Francisco est plus avantageux financièrement alors qu’à Manille il est plus intéressant de sous-traiter du fait que les coûts soient relativement bas.

Quels sont les défauts de la lessive à la maison ?

Étonnamment, le problème est que la manière de faire notre lessive aux Etats-Unis est inefficace. Nous avons favorisé les machines personnalisées sur l’efficacité industrielle. Presque chaque ménage de mon quartier a une machine à laver et un sèche-linge, et ceux-ci sont ralentis à 99% du temps. Cela s’explique par la forte consommation d’eau (pas moins de 6 milliards de gallons par semaine soit 22’712’470’704 litres).

Par livre (environ 0.45 kg) de linge, un lave-linge industriel à grande échelle utilise moins de la moitié d’eau requise qu’une machine à laver high-tech domestique. Ces machines industrielles sont généralement utilisées pour le secteur hôtelier (les serviettes et les draps). Si notre lessive passait par ces appareils, les USA économiseraient plus de 3 milliards de gallons d’eau par semaine (11’356’235’352 litres).

Malheureusement tout n’est pas si simple, il y a de grands obstacles au niveau logistique avant d’atteindre cette économie. La densité de la population est un problème. La zone métropolitaine la plus dense des Etats-Unis équivaut seulement qu’à la moitié de la densité d’un métro de Manille. En Amérique, la faible densité des quartiers de banlieue rend difficile la centralisation des ressources du voisinage.

Toutefois, la lessive la plus respectueuse de l’environnement ne saurait résoudre à elle seule le problème du changement climatique. Il s’agit là d’un des différents facteurs qui contribuent à la détérioration de l’environnement. Dans une banlieue à faible densité tout est moins économe en terme de dépense d’énergie : les courses, les déplacements, le chauffage, la climatisation des maisons individuelles, l’entretien des pelouses, etc.

Dans notre maison à San Francisco, loin des palmiers des Philippines, notre corde à linge est accrochée à un olivier dans un coin tranquille du jardin. Depuis mon séjour, j’ai commencé à pratiquer le séchage en plein air lors des jours ensoleillés. J’espère que j’apprendrai à en faire un rituel plaisant. Une raison de plus pour profiter des rayons du soleil.

Retrouvez l’article original sur Citylab (en anglais)